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EDMOND MOIRIGNOT

Edmond Moirignot est né à Paris dans le 10ème arrondissement en 1913.
Apprend le métier de sculpteur sur ivoire et suit les cours du soir de dessin.

1931- Elève libre à  l’Ecole des Beaux Arts de Paris, atelier de Jean Boucher. Premières oeuvres.

1939- Mobilisé, combattant puis prisonnier en Allemagne durant cinq ans. Dessine chaque jour.

1947-1949-1950- Premières commandes de l’Etat, de la municipalité de Meung sur Loire, de celle d’Hennebont

1950- Première exposition particulière à la Galerie de Seine : dessins et bustes,  principalement.

1953- Reçoit les Palmes Académiques.

1955- Commande de la statue monumentale du Duc de Morny, fondateur de Deauville, pour cette ville.

1963- Début d’un enseignement du dessin et de la sculpture dans les écoles de la ville de Paris, enseignement qui durera vingt ans. 

Début d’une longue série d’expositions :
Galerie de Seine, Galerie Badinier, Galerie Montmorency, 
Galeries André Paciti, Colette Dubois, Vendôme,
Galerie Aspesteguy à Deauville,
Galerie Eugène Boudin à Honfleur,
Palais des Congrès à Brest,
Musée de l’Orangerie à Versailles.

Participe à de nombreux salons :
Les Artistes Français, les Salons  d’Automne, Les Indépendants, Comparaisons et Formes Humaines, Les Peintres Témoins de leur Temps, Terre Latine, Salon Populiste, Art Sacré, Société Nationale des Beaux Arts.
Ses œuvres entrent dans les collections municipales, nationales et internationales.

1972- Grand Prix du Salon, Prix Taylor - Cinq médailles d’or.

1982- Paul – Louis Weiller de l’Institut lui achète le buste du Dr Rolland Blaise.

1984- Publication de l’ouvrage «Edmont Moirignot », par Claude Jeancolas, Limoges.



L’automne dernier, le Sénat français rendait un hommage remarqué à Moirignot par une rétrospective nationale à l’Orangerie du Palais du Luxembourg. Devant une centaine d’œuvres réunies pour la première fois, le public prit conscience de la richesse du travail de ce sculpteur et de son importance dans l’histoire de l’art moderne.  
Gabrielle Laroche, qui a connu le sculpteur, présente en permanence une des plus belles collections de ces sculptures rares.
Edmond Moirignot appartient à cette famille de sculpteurs d’après- guerre qui renouvelèrent la sculpture figurative pour exprimer plus pleinement, l’homme et sa fragilité. Alberto Giacometti força au paroxysme le tragique moderne. Germaine Richier pénétra le fantastique et traqua un invisible troublant. Mais Moirignot ne céda jamais au spectre de la nuit, il s’obstinait à sauver la lumière. Son œuvre affirme la foi dans l’être qui pense et qui aime. Elle proclame la conscience nécessaire du sacré. Pas de cris, pas de violence, un grand calme, un silence souvent joyeux, une introspection qui participe à la noblesse possible de l’homme. L’âme est son centre de gravité et chaque sculpture, de ce fait, crée autour d’elle son espace d’infini. Elle est méditation, et qui n’est pas sans une certaine mélancolie, parfois, celle de tout être honnête dès qu’il s’interroge sur le temps, la vie, le monde tel qu’il est et le néant.  
Elle s’élève contre le non-sens et repousse la nuit. Elle refuse la vulgarité, l’exploitation, la dénaturation de l’homme. Pas de renoncements, d’asservissements, pas d’avilissements… l’homme debout.  
Tenir quoiqu’il en coûte de désespérances, de déchirements, de souffrances… les êtres sont si fragiles ! Elle est du fond des âges et de notre époque. Elle apaise notre soif d’amour et d’infini, et l’attise en même temps.
Mais qui était Edmond Moirignot ? Il est né à Paris, rue Civiale dans le Xe arron dissement en 1913. Sa vocation trouve son origine dans l’admiration qu’il porte à ses quatre oncles maternels, ivoiriers, comme leur père, comme tous leurs ancêtres dieppois. C’est le premier apprentissage de la sculpture, sévère, car le matériau est dur, ingrat, ses formes contraignantes. C’est aussi, en raison des demandes du marché, l’étude approfondie de l’art gothique, raffinement extrême, spiritualité grave. Dans ce “primitivisme” il puisera sa puissance d’expression et d’évocation.  Epris de plus de liberté, à dix-huit ans, il entre à l’école des Beaux-arts, élève libre dans l’atelier de Jean Boucher. L’ensei gnement qu’il y reçoit est solide, classique. On copie les maîtres anciens pour pénétrer leur vision et leurs techniques. Au Louvre, Moirignot admire surtout Rubens ; ses formes rassurantes, sculpturales, charnelles resteront ses modèles à chaque fois qu’il taillera le marbre et la pierre. A l’école, il se lie d’amitié avec un étudiant grec, Yannis Pappas, qui lui fait découvrir son pays. C’est une nouvelle révélation par la contemplation d’un art qui avait su concilier la croyance en l’homme et la conscience du tragique. Cet humanisme et cette conscience de l’au-delà, ne quitteront plus Moirignot, signeront son art.
La guerre, mobilisation, arrestation, camps de prisonniers, cinq ans… au retour, il n’a plus de goût pour l’école. Il prend un atelier, rue Royer-Collard, près du Jardin du Luxembourg, vit de commandes publiques, parallèlement se cherche. Etre soi, voilà bien l’exigence fondamentale. Oublier, nécessairement, mais difficilement Rodin. Ne pas pour autant tomber dans un art purement décoratif et qui perd toute âme. Il aime par dessus tout Jean-Baptiste Carpeaux, Camille Claudel, Alberto Giacometti, Germaine Richier… Il se sait de cette famille là, sensible à la fragilité de la vie au risque de perdre la joie et même la raison.
Dans l’exaltation de sa nature nerveuse, il traque les illuminations possibles et puis surtout cette lumière, celle, physique, qui s’accroche aux aspérités de ses bronzes, celle, intérieure surtout, comme une espérance jamais éteinte, refus de la nuit noire où le monde lui semble s’enfermer, au cœur de la matière, sa part humaine.  
Il sait que l’artiste ne décrit pas ce qu’il voit, mais la manière dont il le voit et l’émotion que cette vision éveille. La forme chez Moirignot est au service de cet esprit là, c’est pourquoi dans les années cinquante il commence à libérer le corps de son poids charnel pour ne dire plus que l’essentiel, l’amour, la joie, l’innocence, silhouettes libres, légères, spirituelles. L’être tout concentré dans sa raison d’être, son essence même et toujours cette harmonie, cette délicatesse qui fait oublier toute trace de labeur. Tous les jours il dessine le nu à l’académie de la Grande Chaumière et enseigne la sculpture dans les écoles d’art de la ville de Paris.
Aux premiers souffles de notoriété, il prend un plus bel atelier, dans une cour-jardin du XIVe arrondissement ou travaillent des artistes, rue du Saint-Gothard. Ses silhouettes fines ne sont pas tragiquement maigres, elles ne sont pas la traduction du drame comme chez Giacometti. Ce dernier, lui, sculpte des ombres d’êtres, des errances, des troubles. Giacometti a puisé dans la culture étrusque sa matière primitive pour la sublimer, lui insufflant ses angoisses modernes. Moirignot a puisé dans la culture gothique, gardant son raffinement et son élégance naturelle, pour exprimer, malgré tout ce qu’il avait vu, connu, enduré, tous ses doutes, son entê tement à croire encore à la bonté possible de l’homme moderne. Parmi les thèmes qu’il aborde le plus souvent, l’enfant et la femme occupent une place privilégiée. L’enfance parce qu’aucun sujet ne se prête mieux à exprimer la beauté, la fragilité et l’état d’innocence. Très appliqués, les garçons jouent aux billes, aux osselets, ils pêchent, ils chantent, ils prient. Très conscientes de leur féminité, les fillettes sont charmeuses jusque dans leur jeux ordinaires. Ces enfants nous accompagnent, posent des questions sur le monde qu’on leur offre, avec la gravité de leurs grands yeux ingénus et sérieux.  
L’autre thème est la femme. Elle est complice de la conscience aiguë qu’a le sculpteur de la fragilité de la vie. Elle est pour lui une source intarissable de découverte et d’émerveillement. Certes, elle est lui, par cette identification nécessaire et la part la plus riche de lui même, celle qui porte l’imaginaire et l’affection possible, mais elle est aussi son désir. Alors il entre dans son intimité, sans pour autant, et c’est sa délicatesse, se faire jamais voyeur ou vulgaire. Au bain, à la toilette, à la coiffure… elle porte un mystère et des songes, la spiritualité délicate de Moirignot.
Il expose dans de nombreuses galeries et salons, et ses sculptures entrent dans les grandes collections nationales et internationales.  
Les musées d’Alger, de Fontainebleau, d’Issy-les-Moulineaux, de Genève et le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris achètent ses œuvres. Les années soixante à quatre-vingt dix sont les plus fertiles. Il décède le 27 juillet 2002 à Cachan, mais déjà depuis plus de quinze ans, la nuit avait gagné, non qu’il soit devenu aveugle, mais il souffrait de dépressions chroniques et avait renoncé à sculpter. Il se sentait aveugle à ces instants magiques de la vie qui avaient engendré son œuvre.
Il nous reste cette œuvre intense et si sensible qui émeut, et nous touche par sa complicité avec nos vies, nos rêves. Elle s’adapte à tous les décors : dans les palais anciens ou les tours de La Défense, elle reste elle même car elle ne s’enferme jamais dans l’anecdotique éphémère, elle est de tous les lieux et désormais de toutes les époques. Que faire devant une sculpture de Moirignot ? Mais le silence pour la laisser parler dans le langage d’ombre et de lumière qui sont sa chair.

Claude Jeancolas, Président Association des Amis de Moirignot.